16/09/2014

Le feu au Lignon enflamme l’extrême-droite européenne

Sous les ruines, le feu couve. Après l’incendie de l’église catholique du Lignon, Genève découvre l’ampleur du désastre. Une vidéo amateur du sinistre attise les fantasmes de l’extrême-droite européenne.


Play. Sur les images filmées depuis un appartement, les flammes. En fond sonore, l’euphorie d’un adolescent du quartier. Il commente le spectacle: «Excellent, cette église de merde, bande de fils de pute. Eglise de feujs (juifs en verlan ndr) ». Les chuts timorés de ses amis, suivis d’un «ta gueule» à peine audible, n’y feront rien. La vidéo est postée sur les réseaux sociaux. Le pompon.

 

Hommage à l’art pompier. Le site lesobservateurs.ch sort l’information. «L’Eglise du Lignon en feu, des jeunes… jubilent», titre la publication qui vante «une vision de l’actualité suisse libérée de la pensée unique». L’article, non signé, est accompagné de ce commentaire: «Le Lignon étant la cité multiethnique par excellence, je vous laisse apprécier la vidéo (…) avec cet accent caractéristique qui sent bon l’enrichissement. Bien entendu, il y a très peu de chance pour que Martine Brunschwig Graf s’en soucie». Libre à chacun de traduire.

 

Trève de digression. Il n’est pas question de faire le procès du site d’information, mais de «ces jeunes». Enfin, ce jeune. Le blog euro-jihad.com s’en charge à merveille. Un copié-collé du texte des Observateurs, avec un titre, un poil plus «libéré» de la pensée unique: «Eglise du Lignon incendiée par «deux jeunes»: des immigrés ricanent et jubilent». Jeunes+Immigrés=Jubilatoire. Encore un effort, on y est presque. Sur Twitter, la machine s’emballe et les militants d’extrême-droite, très actifs, soufflent sur les braises du Lignon. L’Observatoire de la Christianophobie retitre: «L’incendie de l’église du Lignon réjouit de jeunes immigrés maghrébins». Jeunes. Immigrés. Maghrébins. Nous y voilà. L’obsession des identitaires européens. T’entends les sirènes? Sortez la grande échelle.

Et les coupables, «ces jeunes» du Lignon? La photo et le nom du jeune homme qui a posté la vidéo sur Facebook ont été diffusés sur au moins un site identitaire, avec un lien actif vers son profil. Sur le réseau social, l'ado a depuis retiré sa vidéo. Trop tard. Il a aussi changé de photo. Trop tard. Une certitude: il aura transmis les messages à ses amis.

00:23 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

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